J'ai longtemps hésité et réfléchi avant de créer ce poste mais en voyant le nombre de personnes victimes d'éleveurs sans scrupules j'ai opté d'expliquer toutes les précautions et le mode d'emploi d'usage pour prendre en charge ces petites victimes que sont les oisillons non sevrés.

Cela fait maintenant presqu'une quinzaine d'années que je pratique l'élevage à la main, par choix, après avoir appris en étant encadrée par une éleveuse elle-même très compétente qui m'a donné un bon baguage pour débuter.  En effet, non seulement elle m'a montré comment s'y prendre pour nourrir un oisillon mais elle m'a également expliqué les risques tels blocage du jabot ou autres et m'a appris que faire pour sauver l'oisillon en difficulté.

Je tiens à attirer l'attention des novices que cet article de mon blog ne doit pas encourager à débuter seul le nourrissage à la main mais juste à savoir que faire une fois pris dans l'engrenage d'un monde malsain d'éleveurs sans scrupules qui n'hésitent pas à vendre des petits êtres vivants comme on le ferait pour une marchandise sans vie, ne voyant que l'appât du gain.  Combien de personnes n'ont pas cru assez naïvement que nourrir un oisillon mis en vente était une chose simple consistant à introduire dans le bec une pâtée quelconque et qui après se sont rendues compte que des problèmes se présentaient, liés à une mauvaise pratique aboutissant parfois à la mort de l'oisillon qui n'aurait demandé qu'à vivre une vie heureuse entouré de l'amour des siens.

C'est donc ce qui a motivé mon choix d'expliquer ici le "mode d'emploi" du nourrissage à la main.

 

1. Le milieu de vie d'un oisillon nourri à la main.

Un oisillon a besoin pour bien évoluer de certaines conditions environnementales.

Les deux éléments principaux sont la température et l'hygrométrie

Il y a bien entendu des couveuses sophistiquées assurant tous ces éléments mais le coût en est très élevé et n'est pas, à mon sens, nécessaire pour quelqu'un qui ne nourrira peut-être qu'une seule fois dans sa vie un petit oisillon.

les éléments d'une installation "de fortune"

1. Un bac en plexiglas

2. une lampe infrarouge

3. Une penderie à linge permettant d'y accrocher la lampe infrarouge

4. Une chaîne permettant de régler la hauteur de la lampe infrarouge pour maintenir une bonne température

5. Un thermomètre à mettre dans le bac en plexiglas

6. Un petit bac d'eau, protégé par de la gaze afin d'éviter que l'oisillon n'aille s'y noyer;  Il existe aussi en animalerie des petits bacs munis de crochets qui permettent de le surélever évitant ainsi ce risque.

vue du bac en plexiglas - comme vous pouvez le voir j'y mets une couche de copeaux, recouverte de sopalin que je change à chaque repas de manière à assurer une hygiène optimale au petit oisillon qui est encore à ce stade très fragile et sensible aux microbes.

Un petit doudou y est aussi installé de manière à ce que le petit ne se sente pas seul d'une part et d'autre part cela lui permet également de se mettre à l'abri de la lumière. Ce doudou permet aussi à l'oisilln de maintenir la tête relevée lorsqu'il dort, position qui, si elle n'est pas indispensable est néanmoins plus confortable.

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Bac en plexiglas vu du dessus.  Vous pouvez y voir le thermomètre à droite, qui permet de surveiller la température.

On y voit aussi le bac à eau qui assurera une bonne hygrométrie nécessaire à l'oisillon.  Ce système ne permet pas un "contrôle" du degré d'hygrométrie précis mais il a l'avantage d'assurer un apport en eau au milieu dans lequel évolue l'oisillon.

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Vue globale de l'installation: la lampe infrarouge est donc suspendue par une chaîne fixée à une penderie (style penderies à linge);  cette chaine permet de régler la hauteur de la lampe au dessus du bac en plexiglas en fonction de la température.

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Lorsque l'oisillon est petit et non plumé, il a besoin d'une température située entre 32 et 35°. 

Cet apport de chaleur est important car il permettra à l'oisillon de bien évoluer mais également de bien digérer.  Une température insuffisante est souvent cause de digestion trop lente pouvant aller jusqu'au bloquage de jabot, problème le plus grave pouvant entraîner la mort de l'oisillon.

Lorsque l'on fixe la température, il est important d'observer l'oisillon de manière à repérer un excès de chaleur.  Celui-ci en effet lorsqu'il a trop chaud respire le bec ouvert et a tendance à "tirer".  Il est alors impératif de descendre la t° car un excès de chaleur est nuisible au petit.

Au fur et à mesure que l'oisillon se plume la température devra être abaissée progressivement pour en arriver, une fois l'oisillon complètement plumé à ne plus apporter de supplément thermique.  A ce stade il pourra passer dans une petite cage où il apprendra alors à évoluer comme le font les oiseaux adultes.

 

2. Le nourrissage proprement dit.

Le matériel :

- un poëlon pour chauffer l'eau qui servira à la préparation de la pâtée.  La température de la pâtée est très importante pour assurer une bonne digestion par l'oisillon.

Elle doit se situer aux environs de 32°.  Elle ne doit pas non plus être trop chaude afin de ne pas brûler le jabot de l'oisillon.  Une bonne méthode de s'assurer de la bonne température, outre l'usage d'un thermomètre, consiste à verser une goutte de pâtée sur l'avant bras de manière à se rendre compte si la t° n'est pas trop élevée.

Afin de maintenir la pâtée bien chaude, je la maintiens au bain marie dans le poêlon ayant servi à la préparation de la pâtée.

- Un récipient de préparation de la pâtée dans lequel on verse la quantité d'eau à laquelle on ajoute la pâtée.  Personnellement j'ai opté pour un petit pot avec couvercle qui me permet de bien mélanger la pâtée et éviter ainsi les grumeaux.  On peut aussi opter pour l'usage d'un petit fouet mais à l'usage je trouve que j'ai plus vite des grumeaux et de plus la température de la pâtée descend rapidement.

- un thermomètre pour contrôler la t° de la pâtée.

- une seringue.  Personnellement j'utilise pour toutes les espèces des seringues de 1 ml, surtout au début du nourrissage car elles ont un débit moins rapide ce qui permet à l'oisillon d'apprendre à son aise le contact avec la seringue en étant pas gavé  trop rapidement.  Une fois le nourrissage bien au point par l'oisillon, le gabari de la seringue peut varier en fonction de l 'espèce nourrie . Pour les oiseaux de petit gabari tels les touis célestes ou perruches ondulées, je continue à la seringue de 1 ml; pour des calopsittes je recommanderait des seringue de 2 ml; pour des conures ayant un rythme d'absorption plus rapide, je recommenderait une contenance  de 5 ml;  pour des perroquets tels les gris du Gabon, on peut utiliser des seringues de 10 ml.

- du sopalin pour essuyer immédiatement tout débordement de pâtée hors du bec, mais également à mettre sous l'oisillon pour éviter qu'il ne glisse.

- de la pâtée de nourrissage - à ne pas confondre avec la pâtée grasse ou pâtée sèche qui elles sont pour les oiseaux qui mangent déjà d'eux-même.  On rencontre plusieurs marques sur le marché; Nutribirdt 21 ou 17, Kaytee.

Personnellement j'ai une nette préférence pour la kaytee qui se dilue bien et qui me donne de meilleurs résultats au niveau de la digestion et du développement de l'oisillon.  Ceci n'est qu'une idée personnelle et d'autres éleveurs préfèreront la nutribirdt.

 

Mode d'emploi proprement dit du nourrissage à la main.

Tout d'abord le point sur lequel j'insisterai en priorité est le sens du nourrissage.

Lorsque vous tenez l'oisillon face à vous, vous devez injecter la pâtée de votre droite vers votre gauche; si vous vous référez à l'oiseau la seringue se trouvera donc à la gauche de son bec - comme sur la photo.  Ceci est très important pour éviter les fausses déglutions toujours fatales chez l'oiseau.  En effet, au point de vue anatomique le conduit des voies respiratoires de l'oiseau se trouve à votre droite et celui des voies digestives se trouve à votre gauche - toujours en ayant l'oiseau face à vous.  En injectant de votre droite vers votre gauche la pâtée va dans le conduit digestif.

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La quantité de pâtée est variable d'une espèce à l'autre et aussi en fonction de l'âge de l'oisillon. 

Une de règles veut que la quantité ne doit pas excéder 1/10 du poids de l'oiseau;  Personnellement je trouve cette théorie un peu exagérée car elle va de pair avec un nombre de repas supérieur en fonction de la vidange du jabot.

J'aurais tendance à dire que la quantité de pâtée doit être en fonction de l'oiseau certains étant plus vite arrivés à satiété que d'autres.  Il y a toutefois une quantité à ne pas dépasser même si l'oiseau réclame encore;  Cette quantité est déterminée par le remplissage du jabot qui doit s'arrêter juste en dessous de la base du cou.

Pour éviter toute saturation du jabot, vous devez vous arrêter juste avant que la pâtée n'arrive à la base du cou de l'oiseau

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Fréquence des repas :

L'âge idéal pour débuter un nourrissage à la main se situe entre 2 et 3 semaines.  A cet âge l'oisillon a pu profiter du nourrissage des parents lui apportant un taux d'anticorps suffisant.  Parallèlement à ça, l'oisillon encore tout jeune acceptera plus facilement la seringue.  Au delà de 3 semaines, à moins que d'y être contraint pour une raison bien particulière telle abandon par les parents, il ne faut plus commencer à nourrir à la main car l'oisillon n'ayant pas été habitué risque de ne pas accepter la seringue ce qui risque de lui causer un stress inutile.

A trois semaines un oisillon doit avoir en moyenne 5 repas sur sa journée, répartis entre 6H00 du matin et 24H00 le soir ce qui laisse un interval de 3H30 entre les repas. 

La chose primordiale pour donner un repas à l'oiseau est que le jabot doit toujours être vide avant un nouveau repas.  Cet élément est fondamental car nourrir un oisillon n'ayant pas terminé la digestion du repas précédant peut conduire à un bloquage du jabot. 

Le nombre de repas diminue progressivement, au fur et à mesure que l'oisillon grandit et que le volume du jabot augmente. On compte en moyenne un repas en moins par semaine.  Cette règle n'est toutefois pas générale car c'est en fin de compte l'oisillon qui détermine le nombre de repas en fonction de la quantité ingérée et la vitesse de vidange du jabot.

La consistance de la pâtée : en général elle doit être un peu plus liquide lors des premiers nourrissages mais elle doit toutefois respecter les proportions recommandées par le fabriquant de pâtée. 

A titre d'exemple, pour la kaytée on compte deux volumes d'eau pour un volume de pâtée.

La pâtée doit avoir une consistance de pâte à crêpes.

Vers l'âge de 5 semaines on introduira les premières graines dans l'alimentation de l'oisillon, sous forme de milet.  On veillera aussi  à un apport vitaminé par une pâtée sèche ou grasse à base de fruits puis petit à petit on introduira fruits et légumes mixés puis hachés finement.

L'oisillon est sevré aux environs de 8 semaines;  Cet âge ne doit toutefois pas être pris au sens strict du terme en ce sens que certains oiseaux sont plus précoces ou plus tardifs que d'autres.  Personnellement je me base sur les réclamations de l'oisillon.  Tant que l'oisillon réclame c'est qu'il n'est pas prêt à quitter ses parents et donc je poursuis le nourrissage tout en stimulant l'oisillon vers les graines, fruits et légumes et pâtée en mélange que je leur donne.

Pour pouvoir assurer qu'un oisillon est sevré il faut qu'il mange seul mais aussi qu'il boive seul.  Pour l'initier à la boisson il suffit de présenter un peu d'eau et délicatement de tremper le bec de l'oiseau dans le liquide pour qu'il découvre le contact.  Une fois la découverte faite l'oisillon est en général tenté de boire.  Il faut parfois répéter plusieurs fois ce premier contact avec la boisson mais en général l'oiseau apprend vite.  Il faut toutefois tenir compte qu'un oiseau boit peu et donc il ne faut pas s'attendre à le voir boire souvent.  Les moments où l'oiseau boit le plus volontiers est généralement après avoir mangé ses graines.  Il est donc important de bien surveiller de manière à repérer quand il boit.

Il faut parallèlement bien observer le comportement de l'oisillon qui bien que sachant manger et boire peut encore réclamer la pâtée; dans ce cas là je continue à lui présenter la seringue le soir tout en diminuant progressivement la quantité donnée.  Petit à petit l'oisillon s'habitue et finit par ne plus réclamer.